Athena, au service de l’ordre

Des Misérables, à BAC Nord, jusqu'à Athena, la même rengaine : pas facile d'être policier dans une banlieue difficile.

Pas facile d’être policier dans une banlieue difficile. C’est le discours du premier long-métrage de Ladj Ly, Les Misérables, sorti en salles en 2019. Présenté au festival de Cannes, salué par la critique, plébiscité par le public, primé aux César… Le film a remporté un franc succès.

Dans les milieux militants, on n’y a vu que du feu. Pour plusieurs raisons. On peine à critiquer l’œuvre d’un « premier concerné », qui plus est fondateur de Kourtrajmé, et dont le film a été attaqué par des syndicats de flics. Au jeu des oppositions binaires, la nuance n’a aucune chance.

Il a fallu que des articles en provenance des Etats-Unis, pays où les films police vs minorités raciales est un genre depuis Colors (1988), pour nous sortir de la léthargie. En pleine fièvre Black Lives Matter, Les Misérables a été reçu comme étant plutôt « Blue Lives Matter ».

Tout laissait craindre une récidive. Elle a lieu avec Athena. Disponible sur Netflix depuis le 23 septembre, le film co-écrit et produit par Ladj Ly, est réalisé par un comparse de Kourtrajmé, Romain Gavras. Invités à l’avant-première, Oxmo Puccino et Edwy Plenel ont apprécié.

Dès l’ouverture, le ton est donné. Uniforme de militaire, Abdel sort du commissariat. Son petit frère Idir a été retrouvé sans vie dans la journée, tué semble-t-il par des policiers. Responsable, il appelle au calme les habitants du quartier réunis face à lui. Une marche blanche aura lieu.

Son avocat prend le relais. Ce n’est autre que Yassine Bouzrou, lui-même. Il rappelle que le grand-père d’Idir était un tirailleur algérien et qu’Abdel revient à peine du Mali où il a servi dans l’opération Barkhane. Les jeunes interrompent la lénifiante profession de foi patriotique.

Ils jettent un cocktail molotov sur le commissariat qu’ils assiègent pour voler tout ce qu’ils peuvent. Plus encore que dans les scènes finales de Dheepan, des Misérables ou de BAC Nord, c’est littéralement la guerre. Elle va durer tout le film. Jusqu’à l’épilogue, tout aussi improbable.

Que dire des personnages ? Les policiers sont irréprochables. Les jeunes, enragés et interchangeables. Les « barbus », dépassés. Le « fiché S », suicidaire. Une énième chronique sur les territoires perdus de la République, qui va contrarier l’extrême droite, pour qui Athena est « pro banlieue ». Rien ne nous est épargné.

L’esthétique kitsch renvoie à une reconstitution de la banlieue au Puy-du-Fou ou à un spectacle sons et lumières de Jean-Michel Jarre. Les ralentis omniprésents servent une mise en scène baroque et un scénario indigent. Sur fond d’une musique tonitruante, les personnages hurlent sans jamais se parler.

C’est une fiction me dira-t-on, qui revendique une certaine fantaisie. Un film n’a pas à être jugé en fonction de sa plausibilité. Soit. Mais que font Yassine Bouzrou à l’écran, les extraits de BFMTV, ou encore les banlieues parisiennes citées par leur vrai nom ? L’incohérence est totale.

Clap de fin. Idir a en réalité été tué par des néo-nazis déguisés en policiers pour faire basculer les cités de France dans le chaos. C’est le coup de grâce pour le spectateur. A l’heure où plus de la moitié des policiers votent RN, où les tirs meurtriers pour refus d’obtempérer se multiplient depuis une triste loi de 2017, Athena choisit de calmer le jeu. Les institutions sont sauves. La critique sociale attendra.

Rafik Chekkat

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