Episode 0 – Présentation

Présentation de Islamophobia, plateforme de formation, inédite, en accès libre.

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Existe-t-il en France, un sujet qui soit plus controversé que l’islam ? Et existe-t-il un mot qui soit l’objet d’autant de polémiques et d’objections que celui d’islamophobie ? Ce mot ancien, réapparu à la fin des années 1990, suscite d’interminables débats et controverses. Certains y voient un faux concept, un mot qui trahirait une approche “victimaire”, voire une tentative de censure et un outil de conquête utilisé par les « islamistes » et leurs alliés. D’autres désignent tout simplement à travers ce mot le racisme qui vise les personnes et les institutions musulmanes. 

Mais avant de savoir si l’islamophobie est une opinion, un délit, ou plus sûrement autre chose. Avant de vous proposer notre propre définition du phénomène, posons d’emblée que l’islamophobie constitue d’abord un défi. Oui, un défi pour nous, personnes musulmanes installées en Europe. Mais un défi aussi pour toutes et tous, qui ouvre sur un certain nombre de questions :

  • Quelle est l’incidence de l’islamophobie sur nos vies ?
  • Quel lien a-t-elle avec et sur nos parcours, nos histoires, nos initiatives, notre capacité à agir ?
  • Que révèle l’islamophobie sur la France, son système politique et médiatique, sa justice, l’état de la gauche, les débats et les crises qui traversent le pays ?
  • En un mot, de quoi l’islamophobie est-elle le nom ?

C’est pour répondre à ces questions que nous avons lancé cette plateforme de formation inédite, en accès libre, entièrement dédiée à la compréhension du phénomène islamophobe.

Nous avons décidé de mettre à profit nos compétences et nos expériences au service de ce projet. De partager avec vous les outils politiques, théoriques et pratiques que d’autres avant nous ont élaboré et continuent d’élaborer. Lorsque je dis « nous », je parle des deux personnes qui animeront principalement la plateforme : Sarah Aïter et moi-même.

  • Sarah Aïter est chercheuse en sciences politiques. Elle est diplômée en langues et civilisations arabes à l’INALCO et en sociologie politique à Sciences Po Paris.  Elle est actuellement en 3e année de thèse de doctorat qui porte sur les initiatives musulmanes non institutionnelles et les différentes formes de mobilisation par le bas. Ses travaux proposent une approche originale centrée sur la capacité d’agir musulmane.
  • Quant à moi, Rafik Chekkat, je suis avocat de formation. Diplômé en droit et en philosophie politique, j’ai exercé dans des cabinets d’affaires internationaux et interviens désormais en matière de discriminations et libertés publiques. Je me suis investi dans plusieurs collectifs de lutte contre les crimes policiers et pénitentiaires ainsi que contre l’islamophobie. Enfin, je publie régulièrement sur les revues en ligne Orient XXI et Middle East Eye.

C’est moi qui vous accompagnerai la plupart du temps dans cette série d’émissions. Il y sera question de sécularisme, d’écologie, de néolibéralisme évidemment, d’abolitionnisme pénal, d’afro-pessimisme, de Palestine ou encore des limites de l’antiracisme. Nous croiserons le chemin des œuvres de Hannah Arendt, Frantz Fanon, Talal Asad, Saba Mahmood et de beaucoup d’autres. Nous parlerons de livres, mais aussi de séries, de films, et même de jeux vidéo avec le chercheur Mehdi Derfoufi.

Mais notre approche ne sera pas seulement théorique. Notre attention se portera sur la lutte contre l’islamophobie, ou plutôt les luttes. Car tout comme il existe plusieurs formes de syndicalisme, il existe différentes manières de comprendre l’islamophobie et de la combattre.

En fonction de notre rapport à la religion, à la communauté, à l’Etat, aux institutions, au droit, au système parlementaire, au capitalisme, aux réseaux sociaux, on ne luttera pas de la même manière contre l’islamophobie.

Chaque proposition de lutte contre l’islamophobie traduit une vision du monde. Chaque définition de l’islamophobie emporte des conséquences politiques et des manières de s’organiser spécifiques. Aucun procédé n’est neutre. Certains s’avèrent même être contre-productifs. Après tout, on ne lutte pas contre l’aliénation avec des moyens aliénés.

Poser un regard réflexif sur les mobilisations passées et présentes, évaluer leurs échecs et leurs réussites, est une démarche indispensable si l’on veut y voir clair, comprendre et dépasser certaines impasses actuelles.

C’est l’ambitieux programme de notre plateforme de formation, qui comprendra outre des podcasts, des vidéos, un livre et des ateliers de formation en présentiel.

L’islamophobie a beau agiter l’actualité politique et médiatique en permanence, les attaques contre les droits et libertés des personnes musulmanes ont beau se multiplier, la manière dont nous comprenons l’islamophobie est le contraire du repli narcissique.

Elle est pour nous une fenêtre qui ouvre le monde pour peu qu’on prenne la peine de sortir des formules toutes faites sur les « premiers concernés » et les « alliés ». Elle est notre gare de départ mais ne constitue à aucun moment notre point d’arrivée, notre terminus.

Nous vous remercions de votre présence, merci de nous donner les moyens financiers de mener à bien ce beau projet et de nous accompagner sur ce trajet qui s’annonce passionnant.

Bienvenue sur Islamophobia.

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